“S’il y a, dans le monde, un endroit
où tu peux penser que tu n’es rien,
cet endroit, c’est ici. Ce n’est plus la terre,
et ce n’est pas encore la mer. Ce n’est pas une vie fausse, et ce n’est pas une vie vraie.
C’est du temps. Du temps qui passe.
Rien d’autre.”
Alessandro Baricco — Océan Mer
/via made-photography
6 May 2012 / Reblogged from made-photography with 4 notes / temps vie rien citation quote alessandro baricco
Needing to have reality confirmed and experience enhanced by photographs is an aesthetic consumerism to which everyone is now addicted. Industrial societies turn their citizens into image-junkies; it is the most irresistible form of mental pollution. Poignant longings for beauty, for an end to probing below the surface, for a redemption and celebration of the body of the world—all these elements of erotic feeling are affirmed in the pleasure we take in photographs. But other, less liberating feelings are expressed as well. It would not be wrong to speak of people having a compulsion to photograph: to turn experience itself into a way of seeing. Ultimately, having an experience becomes identical with taking a photograph of it, and participating in a public event comes more and more to be equivalent to looking at it in photographed form. That most logical of nineteenth-century aesthetes, Mallarmé, said that everything in the world exists in order to end in a book. Today everything exists to end in a photograph.
—On Photography, Susan Sontag
(Source: toniiu)
5 Apr 2012 / Reblogged from nodalpoint with 27 notes / On Photography Susan Sontag photography quote
Susan Sontag, On Photography (1978)
(Source: foxesinbreeches)
5 Apr 2012 / Reblogged from astonewiththeheartofabird with 201 notes / photography quote on photography susan sontag
I dit it!
Le slogan d’une nouvelle forme d’activité publicitaire, de performance autistique, forme pure et vide et défi à soi-même, qui a remplacé l’extase prométhéenne de la compétition, de l’effort et de la réussite.
Le marathon de New York est devenu une sorte de symbole international de cette performance fétichiste, du délire d’une victoire à vide, de l’exaltation d’une prouesse sans conséquence.
J’ai couru le marathon de New York : I dit it!
J’ai vaincu l’Annapurna : I dit it!
Le débarquement sur la lune est du même ordre : We dit it! Un événement moins surprenant au fond que programmé d’avance dans la trajectoire du progrès et de la science. Il fallait le faire. On l’a fait. Mais cet événement n’a pas relancé le rêve millénare de l’espace, il l’a en quelque sorte épuisé.
Il y a le même effet d’inutilité dans toute exécution d’un programme, comme dans tout ce qu’on fait pour se prouver qu’on est capable de le faire : un enfant, une escalade, un exploit sexuel, un suicide.
Le marathon est une forme de suicide démonstratif, de suicide publicitaire : c’est courir pour montrer qu’on est capable d’aller au bout de soi-même, pour faire la preuve… la preuve de quoi ? Qu’on est capable d’arriver. Les graffiti eux aussi ne disent rien d’autres que : Je m’appelle Untel et j’existe ! Ils font une publicité gratuite à l’existence !
Faut-il continuellement faire la preuve de sa propre vie ? Etrange signe de faiblesse, signe avant-coureur d’un fanatisme nouveau, celui de la performance sans visage, celui d’une évidence sans fin.
— Jean Baudrillard, Amérique, p.25 / 1986
31 Mar 2012 / 1 note / Jean Baudrillard Baudrillard Amérique America quote citation
J’ai cherché l’Amérique sidérale, celle de la liberté vaine et absolue des freeways, jamais celle du social et de la culture — celle de la vitesse désertique, des motels et des surfaces minérales, jamais l’Amérique profonde des moeurs et des mentalités. J’ai cherché dans la vitesse du scénario, dans le réflexe indifférent de la télévision, dans le film des jours et des nuits à travers un espace vide, dans la succession merveilleusement sans affect des signes, des visages, des actes rituels de la route, ce qui est le plus proche de l’univers nucléaire et énucléé qui est virtuellement le notre jusque dans la chaumières européennes.
J’ai cherché la catastrophe future et révolue du social dans la géologie, dans ce retournement de la profondeur dont témoignent les espaces striés, les reliefs de sel et de pierre, les canyons où descend la rivière fossile, l’abîme immémorial de lenteur que sont l’érosion et la géologie, jusque dans la verticalité des mégalopoles.
Cette forme nucléaire, cette catastrophe future, je savais tout cela à Paris. Mais pour comprendre, il faut prendre la forme du voyage, qui réalise ce que Virilio dit être l’esthétique de la disparition.
Car la forme désertique mentale grandit à vue d’oeil, qui est la forme épuré de la désertion sociale. La désaffection trouve sa forme épurée dans le dénuement de la vitesse. Ce que la désertion ou l’énucléation sociale a de froid et de mort retrouve ici, dans la chaleur du désert, sa forme contemplative. Le transpolitique trouve là, dans la transversalité du désert, dans l’ironie de la géologie, son espace générique et mental. L’inhumanité de notre monde ultérieur, asocial et superficiel, trouve d’emblée ici sa forme esthétique et sa forme extatique. Car le désert n’est que cela : une critique extatique de la culture, une forme extatique de la disparition.
— Jean Baudrillard, Amérique, p.10 / 1986
31 Mar 2012 / 0 notes / Jean Baudrillard Baudrillard quote citation amérique America